« T’es plutôt Route ou t’es plutôt Rock? » « Mais la Route c’est Rock! »

Ce sont les derniers mots que l’on aura entendus à propos de cette 26ème édition de La Route du Rock.                                                                                                                                       Comme beaucoup de festivaliers qui ont du mal à quitter les lieux (ou qui essaient tout simplement de faire descendre leur taux d’alcoolémie), la route post festival nous emmène dans un grand restaurant américain. C’est donc dans ce haut lieu de la gastronomie que l’on a entendu Deb poser cette question à son pote Tom et qu’on s’est dit que ça ferait un chouette titre (car ce n’est pas toujours facile de trouver des titres).                                    Parce que oui, La Route du Rock (RDR) ça commence par une route qui part de St Malo,  Rennes, Caen, Paris ou même d’Angleterre pour nous mener dans l’enceinte de ce cher Fort St Père.

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Parlons concret: la route à travers le site

« Il y a de moins en moins d’herbe et de plus en plus de cailloux, on en a toujours un qui nous gène sous le pied pendant les concerts » nous dit Gil. (vous remarquerez les jolis noms d’emprunt qu’on utilise) « Mais bon, c’est une bonne chose qu’ils aient fait les travaux, si un jour on a encore une édition pluvieuse« .

C’est effectivement un des aménagements du site qu’évoque François Floret, directeur de la RDR, lors de la conférence bilan, tout comme les toilettes (mine de rien c’est quand même beaucoup plus agréable avec des toilettes plus propres).

Autres changements: un écran au lieu de deux, la grande scène plus petite car oui, c’était anticipé, la fréquentation allait être plus faible cette année.

La fréquentation justement:

15000 spectateurs en tout on fait la route jusqu’à Saint Père, c’est moins que les dernières éditions mais c’est équivalent à celle de 2012 comme le rappelait François Floret dans Ouest France. Rien d’alarmant donc. Et perso on aime autant. On respire, on peut se déplacer facilement, on peut  davantage profiter des lives etc. Pourquoi vouloir toujours plus de monde au final? Vive les festivals à taille humaine !

Comme le dit Alban Coutoux, programmateur, à la conférence bilan: « on préfère garder notre éthique que faire du chiffre« . Ce qui compte c’est de garder une programmation indépendante et que public et artistes soient satisfaits, pari réussi!

L’envie est aussi évoquée de continuer sur la voie des animations proposées en parallèle des concerts comme l’exposition des clichés de Renaud Monfourny, les conférences ou encore le sport à la plage.

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La programmation

Les deux programmateurs confirment que non, ce n’est pas toujours facile de dénicher des grands fédérateurs de masses et que non ils ne mettront jamais 200 000 euros dans le cachet d’un artiste, mais pour l’année prochaine ils feront leur possible pour avoir des têtes d’affiche et qui plus est des têtes d’affiches qui feront bouger les spectateurs.

Car François Floret l’a bien remarqué cette année, les gens réagissaient beaucoup aux lives dynamiques comme celui de La Femme « je ne suis pas fan à la base mais Alban voulait les faire venir depuis longtemps » et de reconnaître que samedi soir le live était extra!

Autres coups de cœur de cette année pour le directeur: Haelos, Suuns, Battles. Et pour Alban: Kevin Morby et la Colonie de vacances jeudi soir à la Nouvelle Vague.

En route vers de beaux moments de live

On ne va pas épiloguer sur le vendredi. Comme beaucoup de personnes c’est loin d’être la soirée qui a retenu notre attention. A défaut d’être emportés par les groupes, on a erré, pris nos marques sur le site, croisé les copains: c’est aussi ça la RDR. On a tout de même passé un peu de bon temps devant Haelos et Minor Victories, mais pas au point de nous retenir tout le set.

Samedi nous a un peu plus conquis. On commence à prendre nos petites habitudes, en début d’après-midi on prend la navette, en route vers St Malo. Une galette intra muros, on se dirige tranquillement vers la plage Swatch, on essaie de trouver une place sur le sable au milieu de tous ces corps, dénudés ou non et à 16h le live de l’après midi commence.

La Plage Swatch

Après Aquagascallo la veille, c’est Requin Chagrin qui officie sous le soleil des remparts. On avait hâte de découvrir ce projet déniché par le collectif La Souterraine. On n’est pas déçus : l’univers est intéressant, ce côté pop britannique mais avec des textes en français, ce choix de ne pas mettre la voix en avant, car, comme l’explique les membres du groupe, ils ont envie d' »utiliser la voix au même titre que les autres instruments. » L’envie de ne faire que des titres en français également, ça peut être périlleux mais ici ça fonctionne.

Quelques courses et on reprend la route vers le fort. Le début de soirée se déroule tranquillement (on n’est pas encore au point niveau timing on a malheureusement loupé Ulrika Spacek, dont on a eu de très bons retours, zut!). On attendait peut-être trop de LUH, la magie n’a pas pris pour nous. Idem pour Tindersticks. C’est au moment de la valeur sûre à nos yeux, La Femme, qu’on a vraiment pris notre premier gros pied (sans parler de la chaussure en pleine tête à la fin du set).

Cinq mecs, une fille, des tenues improbables une attitude nonchalante mais enthousiaste, ça attaque avec Sphynx, un des titres de leur nouvel album, Mystère, qui sortira début septembre. Les titres du premier album se mélangent aux nouveaux comme notre favori Où va le monde et le légèrement gênant Mycose. Le public est très réceptif, chante, danse, slame. Le concert semble passer à une vitesse insolente, on en redemande! On en redemande tellement que « oh tient, un rappel, ça faisait longtemps! » C’est reparti pour un tour avec notamment le culte Antitaxi. Nous voilà bien requinqué, on a pris notre dose de sautillements et de hurlements, malheureusement tout ça redescend bien vite avec l’attente puis Exploded View. C’est donc dans une atmosphère toute différente qu’attaquent les canadiens de Suuns.

Suuns

Devant les lettres gonflables, géantes, blanches de SUUNS (qui signifie zéros en thaï), le groupe originaire de Montréal fait évidence. La voix susurrée, l’instru tantôt mélodique et tantôt puissante nous hypnotisent dans cette nuit malouine. Une pause le temps de reprendre nos esprits et voilà qu’on aperçoit la cymbale haut perchée et caractéristique des tant attendus Battles. L’entrée en matière se traîne pas mal, les corps oscillent sur le rythme saccadé. Les trois américains se livrent ensuite à une démonstration époustouflante et quasiment ininterrompue de leur math rock. C’est abasourdis et conquis que les festivaliers regagnent tranquillement le camping.

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Dimanche aprés-midi on rentre tranquillement dans le fort  après  la dernière session plage où on a chillé devant Halo Maud tout en digérant notre galette oeuf fromage, et nous voilà doucement attirés vers la scène des remparts où Morgan Delt est en train de captiver son auditoire. Le soleil tape encore, (Sacha de La Femme est d’ailleurs dans l’obligation d’utiliser le Rock and Folk dont ils font la couv en guise de casquette) ce qui s’accorde parfaitement avec le musique psychédélique qui nous accueille. Morgan Delt n’a pourtant rien de bien chaleureux dans son attitude mais la pop solaire qu’il nous propose avec ses acolytes suffit à faire de ce moment un bon moment.

IMG_0261C’est un peu plus tard, à jambes déployées, que l’on descend de l’espace média complètement happés par le rythme des guitares électriques et la batterie qui sonne fort et de toutes façons on sait que c’est Fidlar et que ça va très certainement être ouf. Et ben on n’est pas déçus! A peine faufilés à cour de la scène nous voilà plongés 15 ans en arrière, c’est facile, mais putain que c’est bon. Notre tête va se détacher de notre nuque, nos pieds battent la poussière, on ose pas non plus aller au cœur de la bataille parce que bon, on a quand même un peu de matos dans nos sacs mais c’est pas l’envie qui manque. Le skatepark, les baggies, les Van’s des copains, les premiers monacos, tout remontent en mémoire et en plus c’est bien fait.

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Fat White Family, Savages, on reste sur la corde tendue et ça fait du bien en ce troisième et dernier jour.

Voilà qu’il est temps de découvrir Sleaford Mods sur la scène des remparts. Au départ on hésite, est-ce que c’est une blague? Mais pourquoi le second type ne fait rien? Enfin si, il appuie sur un bouton, boit des bières, se dandine et chante dans son coin. Il chante, tout comme les anglais qui nous entourent, tout comme le bassiste de Fat White Family qui se faufile pour se rapprocher encore plus. Et puis bon sur le papier ça nous avait intrigué ce projet alors on va passer au-dessus des a priori et tendre l’oreille. Et voilà qu’on se laisse emporter par les boucles électro, et surtout qu’on se prend de fascination pour ce personnage de Jason Williamson. Du charisme, le type en impose (et en jogging et T shirt c’est presque une performance), sa voix puissante nous fascine et les textes! Sans être bilingues niveau C1, ça sent le goudron, la sueur et la bière, ça sent la colère d’autant plus intense depuis le Brexit, c’est une bonne claquouse du dimanche soir !

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La fatigue se fait sentir mais bon sang on les attend tellement ces petits Jagwar Ma qu’on va tenir ! Et on va même savourer. Impossible de ne pas se dandiner sur leurs morceaux. C’est le dernier live de ce succulent week-end, ils ont la tâche difficile de remplacer The Avalanches alors on va en profiter jusqu’à la dernière note. La nostalgie de cette fin d’édition flotte déjà dans l’air. Une fois le concert, jamais assez long, terminé, les festivaliers se dirigent lourdement vers les voitures ou vers le camping, on traîne le plus longtemps possible avec les copains parce qu’on ne veut pas que ça s’arrête, la fatigue finie par gagner. Le lendemain on dira au revoir à tout ça.

Merci à toutes les petites mains qui travaillent dur pour que les week-end à la Route du Rock soient toujours des moments mémorables, on reprend la route vers St Malo, Rennes, Caen, Paris ou même l’Angleterre et à l’année prochaine !

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